La Destinée de Lucie des Ages : quand un roman du XIXe siècle retrouve une voix
Il existe des livres que l’on choisit pour leur notoriété, d’autres parce qu’ils semblent faits pour le format audio… et puis il y a ceux que l’on découvre presque par hasard et qui donnent immédiatement envie d’aller plus loin.
La Destinée, de Lucie des Ages, fait partie de ceux-là.
Lorsque j’ai découvert ce roman du XIXe siècle, j’ai été séduite par son histoire, mais également par tout ce qui se jouait derrière les personnages : les liens familiaux, l’amitié, l’amour, les différences sociales, les ambitions, l’argent, les secrets et, bien entendu, cette fameuse destinée qui semble rapprocher ou éloigner les êtres au fil du récit.
C’est cette richesse qui m’a donné envie de lui offrir une nouvelle vie à travers le livre audio.
Qui était Lucie des Ages ?
Derrière le nom de Lucie des Ages se trouve Lucie Bichier des Ages, née à Loudun, dans la Vienne, le 16 octobre 1845.
Issue d'une ancienne famille du Poitou, elle était notamment la petite-nièce d'Élisabeth Bichier des Ages, fondatrice des Filles de la Croix. Les quelques éléments biographiques qui nous sont parvenus montrent une autrice profondément liée à sa région et à son époque.
Et pourtant, Lucie des Ages est aujourd'hui largement oubliée.
Ce qui est assez fascinant lorsque l'on se penche sur sa bibliographie, c'est de découvrir qu'elle fut loin d'être l'autrice d'un seul roman. Sa production s'étend sur plusieurs décennies.
On retrouve notamment Une sœur aînée dès 1878, Nora de Ceyriac en 1882, Édith de Montbars en 1885, Les Cousins en 1888, La Prophétie de Maurice et L'Influence de Marthe en 1890, puis La Destinée en 1891. Elle continuera à publier de nombreux ouvrages au cours des décennies suivantes, dont Le Nid paternel, Yvonnette, La Famille de Kerdral, Petite Fleur, La Maison du chat qui pêche, Le Bonheur de Marthe ou encore La Terrasse aux roses.
Une œuvre abondante donc, qui contraste quelque peu avec l'effacement progressif de son nom de notre mémoire littéraire.
La Destinée, un roman publié en 1891
La Destinée paraît en 1891.
Une édition de cette année est aujourd'hui conservée sous forme numérique, notamment grâce au travail de préservation réalisé par Project Gutenberg. C'est également cette édition de 1891 qui est indiquée comme source du texte numérisé.
Nous sommes donc face à un texte vieux de plus de 130 ans.
Et c'est justement l'une des choses que j'aime dans ce genre de projet : découvrir qu'une histoire écrite à une époque qui nous paraît extrêmement éloignée peut encore parler au lecteur — et à l'auditeur — d'aujourd'hui.
De quoi parle La Destinée ?
Le récit nous entraîne notamment à Poitiers, autour du jeune docteur Robert Martelac.
Dès le début du roman, Robert retrouve par hasard Jacques Hilleret, un ancien camarade de collège devenu lieutenant. Cette rencontre réveille leur ancienne amitié et ouvre progressivement la porte à tout un réseau de personnages dont les histoires, les sentiments et les choix vont se croiser.
Et c'est précisément là que La Destinée devient intéressante.
Car sous l'apparence d'une histoire profondément ancrée dans son époque se dessinent des thèmes qui, eux, n'ont finalement pas tellement vieilli.
L'amour… mais rarement simple
L'amour tient naturellement une place importante dans le roman.
Cependant, nous sommes loin d'une romance où tout serait acquis dès les premières pages. Les sentiments sont contrariés par les situations sociales, les décisions familiales, les malentendus, les ambitions ou tout simplement par les événements de la vie.
L'amour y côtoie le renoncement, l'espoir et parfois la désillusion.
L'amitié et la fidélité
Le lien entre Robert et Jacques introduit dès le début une autre dimension essentielle du récit : l'amitié.
Les relations entre les personnages ne servent pas simplement à faire avancer l'intrigue. Elles permettent aussi d'interroger la fidélité, la reconnaissance et ce que nous sommes prêts à faire pour ceux auxquels nous sommes attachés.
Les différences sociales et l'argent
La Destinée porte également le regard de son époque sur la position sociale, l'argent et les rapports qu'ils créent entre les individus.
La fortune — ou son absence — influence les choix, les unions, la manière dont certains personnages sont considérés et parfois même leur avenir.
À travers eux apparaissent l'ambition, l'intérêt personnel mais aussi cette question finalement très moderne : jusqu'à quel point notre situation détermine-t-elle la vie que nous sommes autorisés à espérer ?
Les secrets, la famille et le poids du passé
Les histoires familiales occupent également une place majeure.
Certains événements du passé continuent d'avoir des conséquences longtemps après qu'ils se sont produits. Les personnages avancent avec leur histoire, leurs blessures et parfois avec des vérités qui ne demandent qu'à refaire surface.
Le passé n'est jamais totalement terminé.
Et bien sûr… la destinée
Impossible de parler du roman sans revenir à son titre.
Au fil des rencontres et des événements, les existences se croisent, se séparent puis parfois se retrouvent.
Cela pose inévitablement une question : sommes-nous les seuls responsables du chemin que prend notre existence ou certaines rencontres semblent-elles devoir avoir lieu ?
C'est probablement l'un des éléments qui m'a le plus intéressée pendant ma découverte du texte.
Pourquoi avoir choisi La Destinée pour une adaptation audio ?
Lorsque je sélectionne un texte à mettre en voix, je ne cherche pas uniquement un livre que je sois capable de lire.
Il faut qu'il y ait quelque chose à raconter.
Un livre audio demande plusieurs heures d'enregistrement, mais également tout un travail d'interprétation, de préparation, de montage et de production. Il faut vivre suffisamment longtemps avec les personnages pour trouver leur rythme, comprendre leurs intentions et réussir à transmettre l'histoire sans jamais prendre la place de celle-ci.
La Destinée m'a intéressée précisément pour cela.
Ses personnages, leurs relations et l'enchevêtrement de leurs parcours offraient une matière particulièrement intéressante pour la narration.
Et puis il y avait également cette envie qui me tient particulièrement à cœur : redonner une voix à un texte ancien que le temps a progressivement éloigné du grand public.
Un livre peut rester sur une étagère pendant cent ans.
Il suffit parfois d'une nouvelle édition, d'une nouvelle lectrice… ou d'une voix pour qu'il recommence à vivre.
La Destinée devient un livre audio en 2024
Plus de 130 ans après sa publication originale, La Destinée a donc fait le voyage jusqu'au format audio.
La version intégrale a été produite et éditée par Calu Voice EI ( Studio Calu Records ), avec une narration réalisée par Claudine Abdelkader.
Le livre audio représente 7 heures et 23 minutes d'écoute.
Sa diffusion numérique débute en août 2024 : Apple Books indique une sortie le 12 août 2024, tandis que Google Play Books et Fnac/Kobo référencent également le livre audio en août 2024.
La version est ensuite référencée sur Audible, qui indique une date de mise à disposition au 10 octobre 2024.
Cette différence de date s'explique par le calendrier de distribution propre aux différentes plateformes : un même livre audio peut apparaître progressivement dans les catalogues selon les distributeurs et les territoires.
Aujourd'hui, La Destinée peut notamment être retrouvée sur Audible, Apple Books, Google Play Books et Fnac/Kobo, selon les pays et les catalogues disponibles.
Faire entendre de nouveau les voix oubliées
Produire La Destinée a finalement représenté bien davantage pour moi que l'enregistrement d'un livre supplémentaire.
C'était la rencontre avec une autrice née en 1845, qui avait écrit et publié de nombreux romans, qui avait connu ses lecteurs… avant que le temps ne fasse progressivement disparaître son nom des bibliothèques modernes.
Et c'est peut-être aussi cela, la magie du livre audio.
Plus d'un siècle après que Lucie des Ages a confié ses personnages au papier, Robert Martelac, Jacques Hilleret et tous ceux qui les entourent peuvent de nouveau raconter leur histoire.
Cette fois, non plus seulement à travers les pages.
Mais à voix haute.
Qui sait, je me laisserai peut-être tenter par bien d’autres de ses œuvres…
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